PORTRAIT : Eric C. – 55 ans – Région parisienne

PORTRAIT : Eric C. – 55 ans – Région parisienne

Qui êtes-vous ?

J’ai 55 ans, et je partage mon temps entre un domicile que l’on peut qualifier de professionnel, en région parisienne, et ma demeure familiale en Auvergne. Après avoir passé dix années sous l’uniforme comme chef de la section scientifique d’une Division Opérations (Div/OPS) et conseiller principal d’un officier général, j’ai décidé d’opter pour la fonction d’ingénieur-chercheur dans un grand consortium industriel français. Je suis titulaire d’un doctorat ès Sciences et d’une habilitation à diriger les recherches (HDR). Je suis un passionné de lecture. J’aime l’histoire romaine dans son ensemble, et la période tardo-républicaine en particulier, avec l’affrontement des dynastes qui conduira à l’effondrement de la République Romaine et à la naissance de l’Empire à l’issue de la bataille d’Actium. J’aime aussi beaucoup les thrillers mâtinés de surnaturel avec une appétence particulière pour John Connolly, Stephen King et Joe Hill.

Depuis quand êtes-vous passionné∙e par la papeterie ?

Je suis passionné de papeterie depuis mes années de collège et de lycée. Je dirais que cela s’est déroulé dans le cadre d’une scolarité « ordinaire » des années 1970-1980, puisque à cette époque, déjà lointaine, les élèves apprenaient à écrire avec des stylos plumes, qui étaient en ce qui me concerne presque toujours des Waterman achetés dans une papeterie de quartier, avec du papier Clairefontaine perforé pour être rangé dans des classeurs. J’avais pris l’habitude très tôt d’utiliser des encriers et des convertisseurs, réservant les cartouches d’encre pour les examens et j’ai continué selon ce processus jusqu’en classe préparatoire et bien après. Puis, mon goût pour la papeterie s’est déconnecté de tout aspect scolaire.

Comment est-ce arrivé ?

En 1987, si j’ai bonne mémoire, mon grand-père maternel m’a conduit dans une boutique spécialisée dans les instruments d’écriture pour acheter un outil qui jouera un grand rôle pour moi, un stylo plume Sheaffer Le Connaisseur. Je l’ai identifié comme étant un modèle 810 classique, millésime 1986, équipé d’une plume moyenne en or 18K. Ce stylo Sheaffer fut doté d’un étui en cuir noir doublé de satin rouge. C’est à partir de ce moment que je commençais à me passionner pour l’écriture. Le Sheaffer allait être utilisé pour rédiger le brouillon de ma thèse de doctorat soit plus de 1 000 pages. Je maîtrisais parfaitement les traitements de texte, mais le meilleur traitement de texte de l’époque était encore un instrument primaire avec un éditeur d’équation médiocre. Il fallait rajouter les équations au stylo plume avec une encre noire très robuste. Le Connaisseur a été doté d’un binôme qui était un modèle Legacy Heritage qui n’a jamais égalé son prédécesseur de mon strict point de vue. Dès lors je m’intéressais de plus en plus aux stylos plumes, aux encres et au papier. La boite de Pandore était donc ouverte (mais pour le meilleur contrairement à la boite mythique…). Les deux stylos Sheaffer profitent désormais d’une retraite méritée.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la papeterie ?

Ce qui m’intéresse le plus c’est de rechercher la meilleure alchimie entre les stylos plumes que j’adore, et les encres et le papier qui en sont les compagnons. C’est probablement une rationalisation a posteriori qui permet de justifier mes dépenses (pas forcément toutes rationnelles, mais bon, j’ai tendance à profiter de l’instant présent à la suite d’un sévère accident).  Je suis resté une personne qui préfère le courrier papier aux mails électroniques, efficaces dans une activité professionnelle, mais sans âme en ce qui concerne un courrier adressé à un ami. Et donc je me targue d’être toujours passionné par les échanges épistolaires avec du papier et des enveloppes de qualité. Je continue à écrire régulièrement à mon cercle d’amis qui est essentiellement composé de mes anciens compagnons d’arme, eux-mêmes procèdent d’ailleurs de la même manière.

Si vous étiez un instrument d’écriture :

C’est une chose difficile à choisir, à l’heure actuelle j’utilise un Parker Duofold Centennial Classic offert par mes parents. Je l’utilise presque exclusivement pour mon journal intime ainsi que deux Parker Premier possédant des finitions différentes, un Carène Deluxe Waterman très efficace, quelques stylos plumes Sailor, dont un Black Luster. Des Platinum achetés au Japon, et trois Pilot achetés en papeterie (dont un Capeless révolutionnaire en ce qui me concerne) et des Diplomat Excellence A2 et A Plus qui sont actuellement mes stylos plumes de base.  Je pense que je serai un Diplomat Excellence A Plus « Rome » doté d’une plume fine en or 14K qui combine classicisme et modernité avec une référence aux échecs et une finition d’une rigueur toute germanique.

Si vous étiez une encre :

J’ai testé beaucoup d’encres, Sailor, et Platinum Carbon Ink (avec un outil d’écriture dédié pour les documents administratifs et mon carnet d’adresse), Diamine, Edelstein, Mont-Blanc, Sheaffer bien sûr, Waterman et Parker depuis très longtemps. J’attends une encre Pilot qui est le summum de la qualité japonaise, et j’adore les encres Robert Oster, sans oublier les encres Octopus Fluids/Diplomat dont j’ai constitué une petite réserve. J’hésite donc entre la Diamine Imperial Blue qui possède une discrétion classieuse avec un brin de fantaisie, et la Robert Oster Blue Lagoon, ou bien la Deep Blue, qui me rappellent toutes les deux les nuances chaudes de l’océan Pacifique et des lagons de Polynésie dont la beauté est fulgurante. Puisqu’il faut bien choisir, ce serait la Blue Lagoon Robert Oster, et en plus le flacon est recyclable, même si le Writer’s Blood coule un peu, je l’espère, dans mes veines (superbe encre Diamine).

Si vous étiez un carnet :

J’ai utilisé beaucoup de carnets, d’abord des Rhodia, puis des Moleskine, mais avec ces derniers j’ai eu des problèmes avec l’encre qui transperçait les feuilles. Je suis donc passé, dans un premier temps, à un binôme efficace avec les carnets A5 Leuchtturm 1917 à couvertures noires ou métallisées et des Quo Vadis Habana très efficaces. Pour mon plaisir j’achète désormais des carnets utilisant le papier Tomoe River en 68gr/m² et en 52gr/m² qui sont l’équivalent du graal pour les utilisateurs de plumes, mais je voulais à tout prix les acheter en France car je n’ai aucune confiance dans les procédures d’imports parallèles. Après plusieurs essais concluants je choisi le carnet Tomoe River (52gr/m²) pour 368 pages, qui arrive juste devant le Endless (Tomoe River 68gr/m²). Pour mémoire, les carnets Midori étaient déjà remarquables, et je suis content d’avoir trouvé une papeterie qui propose un choix aussi abondant.

Quel est votre article de papeterie préféré du moment ? Pourquoi ?

Le papier Tomoe River, sous ses différentes déclinaisons, est devenu un article qui m’enthousiasme en tant qu’utilisateur de stylos plumes, et puis c’est une amie personnelle, agent consulaire de l’ambassade du Japon qui me l’a fait découvrir en me procurant des échantillons. Auparavant les commentaires dithyrambiques sur les blogs, même les meilleurs forums français ou anglo-saxons me laissaient indécis. C’est finalement une batterie de tests avec plusieurs encres et stylos plumes qui m’a convaincu de la supériorité intrinsèque de ce papier japonais, juste devant le papier Midori. Le bloc de Tomoe River (52gr/m²) servira à ma correspondance importante avec tous ceux qui me sont chers.

La parole est à vous :

Nous vivons une bien triste époque, ou le papier tend à disparaître au profit du tout numérique, y compris avec la vogue des liseuses. Toutefois, je dois ménager ma vue après de longues séances devant un écran informatique et je ne possède pas la même relation intellectuelle avec un système numérique fut-il sophistiqué qu’avec un livre en papier. Je pense que l’appropriation de concepts et de données passe par un intermédiaire qui est, et restera le papier. Lorsque je rédige à titre professionnel je passe quasiment toujours par une version papier, et le résultat final est toujours meilleur qu’un unique « jet » numérique. De toute façon, je tiens des journaux intimes personnels et professionnels (un peu sur le modèle des Journaux de Marches et Opérations régimentaires, les JMO) qui consomment beaucoup d’encre et de papier. Je suis dans une certaine mesure, un homme du passé, mais je suis content de voir que les stylos plumes sont revenus à la mode alors qu’ils étaient moribonds il y a quelques années…De plus, je suis loin d’être le dernier à avoir ce sentiment et cet amour des instruments d’écritures et du papier de qualité. Et tant pis si l’on me taxe d’élitisme. L’élitisme d’aujourd’hui était ce qui était normal il y a encore quelques décennies, et n’en déplaise à Francis Fukuyama « la fin de l’histoire » n’a pas encore eu lieu. Pour avoir fréquenté longuement le monde du glaive et celui de la plume, je ne peux que donner raison à l’axiome qui veut que « la plume soit supérieure à l’épée, et tellement plus pratique pour écrire ». Je vais retrouver, comme d’habitude, ma demeure clermontoise et mon bureau, très encombré il est vrai, de papiers et de livres, mais avec une vue imprenable sur un grand parc agrémenté de peupliers dont j’aime entendre le bruissement lors des coups de vent de plus en plus fort que nous connaissons depuis la tempête de décembre 1999, stylo plume et carnet à la main, avec un bon thriller fantastique à peine commencé, ou le Decline and Fall of the Roman Empire de Gibbon : alors l’imagination est libre de vagabonder loin des tracas de la vie de tous les jours.

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Comment (1)

  • CANTIN MARIE ANNE Répondre

    bonjour
    je suis fan de papeterie et de stylos et j’ai acheté l’encre IROSHIZUKU il y a 2 ans , très fluide et une merveilleuse teinte bleue. Encre qui va à merveille dans le convertisseur de mon stylo Wateman favori !
    je vous signale que le lien dans les portraits de passionnés n’est plus effectif. : Cyrille M. – La quarantaine – Belgique , mai 19, 2022
    Dans « Les passionné.e.s »
    cordialement

    juin 9, 2022 à 12:20

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