Portrait · Atelier

Atelier Vincent, relieur

Au troisième étage d'un immeuble lyonnais classique, Vincent Maréchal coud trois cent cinquante carnets par mois, seul, en silence, avec un fil de lin teint dans la masse. On a passé une journée à le regarder faire.

Par Camille Berthier 8 avril 2026 12 min de lecture
Atelier Vincent, relieur · photographie

Une porte sans enseigne

Il n’y a pas de plaque sur la porte. Pas de site web visible. Pas de réseaux sociaux. Vincent Maréchal coud des carnets depuis dix-sept ans, et il ne cherche pas à le faire savoir. Pourtant, ses carnets se vendent en deux semaines à chaque sortie, sans publicité, par bouche-à-oreille uniquement.

Je préfère qu’on m’envoie un email plutôt qu’un message Instagram. Les emails, les gens prennent le temps de les écrire — ils me disent vraiment ce qu’ils veulent. — Vincent Maréchal

Le fil de lin teint dans la masse

C’est sa signature. Pendant que la majorité des relieurs utilisent du fil de coton synthétique blanc ou écru, Vincent achète son fil chez un artisan teinturier des Cévennes — vert mousse, bleu nuit, rouille, ocre, écru. Le fil traverse le carnet sur la signature de garde, visible, assumé. C’est ce qui rend ses carnets immédiatement reconnaissables.

Trois cent cinquante par mois

Seul, à la main. Il commence à 7h30, finit à 18h. Pas de musique. Pas de notifications. Une presse à plier, une cousure à six points, une couverture carton + papier marbré, un signet en ruban de coton.

À ce rythme, il refuse régulièrement les commandes corporate qui pourraient le faire vivre plus confortablement. « Ce n’est pas le métier. »

Ce qu’il pense du papier qui revient

Il y a dix ans, on m’a souvent dit que mon métier allait disparaître. Aujourd’hui, j’ai une liste d’attente de quatre mois. Les gens ont juste besoin d’objets qui durent — qui font le geste de durer.

Pour le contacter

L’atelier ne reçoit pas de visites — sauf rendez-vous, par email uniquement. Le catalogue 2026 sort en mai. Comptez entre 45 et 90 € selon le format.