Carnet A6 ouvert avec stylo

Commencer le journaling : la méthode pour les quinze premiers jours

Commencer un journal ne demande ni talent ni carnet à trente euros. Cela demande un premier soir et quinze jours de passage à l'acte. Voici comment se passent ces quinze jours, et où ils échouent d'habitude.

Par Lou Mathieu 15 juillet 2026 6 min de lecture

Personne n’a jamais renoncé au journaling par manque de carnet. On y renonce par excès de préparation : trois vidéos, un carnet choisi pendant une semaine, et le soir venu, une page blanche devenue trop importante pour être gâchée. Commencer le journaling demande l’inverse. Vous écrivez d’abord. Vous vous équiperez ensuite.

Si le mot lui-même reste flou, notre guide sur ce qu’est le journaling pose la définition et l’histoire de la pratique. Ici, on parle exécution.

Le matériel du premier soir

Un carnet que vous possédez déjà, n’importe lequel, même entamé. Un stylo qui écrit. C’est tout, et c’est volontaire : le journal de quinze jours est un essai, pas un engagement, et l’essai se fait avec les moyens du bord.

L’achat du bon carnet viendra plus tard, quand vous saurez ce que votre pratique demande : des pages qui se tournent vite ou un papier qui honore l’encre, un format de sac ou un format de table. Ces arbitrages sont réels, notre guide pour bien choisir son carnet les détaille, mais ils se posent au jour seize. Acheter le carnet avant d’avoir écrit, c’est acheter les chaussures avant de savoir si l’on aime courir.

Quoi écrire, concrètement

La difficulté n’est jamais d’écrire. C’est de démarrer la première phrase. Trois amorces suffisent à couvrir les quinze jours, et elles ont fait leurs preuves :

  • Le compte rendu : racontez la journée, factuellement, comme à quelqu’un qui n’y était pas. Ce qui s’est passé, ce qui a coincé. C’est l’amorce la plus simple et la moins intimidante.
  • La météo intérieure : décrivez l’état dans lequel vous êtes au moment d’écrire, sans chercher de cause. Fatigué, ou en attente de quelque chose. Deux phrases suffisent certains soirs.
  • La question du jour : une seule, à laquelle on répond honnêtement. Qu’est-ce qui m’a pris de l’énergie aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’évite en ce moment ? De quoi ai-je parlé avec plaisir ?

Alternez librement. Le soir où rien ne vient, écrivez que rien ne vient, et pourquoi ce soir-là plutôt qu’un autre. C’est déjà du journal.

Les quinze jours, palier par palier

Ces deux semaines ne sont pas homogènes. Elles ont trois phases, et chacune casse d’une façon différente.

Jours 1 à 3, l’euphorie. On écrit long, on y prend goût, on se dit qu’on aurait dû commencer plus tôt. Rien à faire ici, sinon ne pas se croire arrivé. Le piège de cette phase est d’y puiser une confiance qui ne résistera pas au jour six.

Jours 4 à 10, le creux. La matière facile est épuisée, la nouveauté est passée, et le premier soir manqué arrive presque toujours dans cette fenêtre. C’est ici que 80 % des journaux meurent. La seule parade est la règle des trois lignes : les jours creux, on ne cherche pas à bien écrire, on maintient le geste. Un journal survit à trois lignes bâclées ; il ne survit pas à un soir sauté suivi d’une culpabilité.

Jours 11 à 15, l’installation. Si vous êtes là, quelque chose a changé : écrire ne demande plus de décision. C’est aussi la phase où le journal commence à produire, parce que les entrées se répondent entre elles. Une inquiétude notée au jour quatre et revenue au jour douze n’est plus une humeur, c’est une information.

Quand écrire

À heure fixe, accroché à un geste existant. Le journaling ne survit pas en électron libre dans une journée pleine ; il survit greffé sur une habitude déjà installée. Après le café du matin, après le brossage de dents du soir, dans le train de 8 h 04.

Le soir a la faveur des débutants, et il la mérite : la journée offre sa matière, le compte rendu s’écrit tout seul. Le matin sert une autre pratique, plus déroutante et plus profonde, celle des morning pages, ces trois pages écrites au réveil popularisées par Julia Cameron, la dramaturge américaine derrière la méthode. Testez le soir d’abord. Le matin se mérite.

Les trois erreurs qui font abandonner

La belle page. Vouloir un journal digne d’être montré, écriture soignée et phrases construites. C’est confondre le journal et sa mise en scène. Un journal utile est illisible pour un tiers, et c’est très bien ainsi : il n’a pas de tiers.

La relecture précoce. Se relire au jour trois, se trouver geignard, et refermer le carnet pour de bon. La relecture est le plaisir du journal, mais à distance : un mois minimum. Avant, on ne lit pas un journal, on inspecte un brouillon.

Le tribunal de la régularité. Manquer deux jours et considérer la partie perdue. Un journal n’est pas une série à ne pas briser ; les trous font partie de l’objet, et certains silences de trois semaines en disent plus long que les pages. Vous reprenez à la date du jour, sans rattrapage. Le rattrapage est la mort du journal.

Où ranger le carnet : la question de l’intimité

Elle bloque plus de débutants qu’on ne croit. Un journal intime ne l’est vraiment que si personne ne risque de le lire, et cette certitude change ce que la main accepte d’écrire.

Choisissez donc l’endroit avant le carnet : un tiroir qui ferme, une étagère haute, n’importe quoi qui vous permette d’écrire une phrase que vous ne diriez à personne. Ceux qui vivent en colocation ou en couple le savent, un journal intime rangé sur la table basse devient en trois jours un journal de façade, poli et sans intérêt. Et le journal de façade s’abandonne toujours, parce qu’il ne sert à rien.

Papier ou application

La question arrive vite, elle mérite une réponse franche. L’application gagne sur la disponibilité et la recherche. Le papier gagne sur tout le reste : la lenteur qui fait penser, et surtout la certitude qu’aucun modèle économique ne lit par-dessus votre épaule, ce qui compte doublement pour un journal intime. Notre revue des meilleures applications de journaling fait le tri sans dogmatisme, car la meilleure pratique reste celle qu’on tient.

Notre position, assumée : commencez papier. On observera que ceux qui commencent sur téléphone glissent vers les notes éparses, puis vers rien.

Le jour seize

Quinze jours tenus, même en pointillé, et vous savez l’essentiel : à quelle heure vous écrivez, et si vous écrivez court ou long. C’est le moment d’acheter le carnet qui correspond, ou d’orienter la pratique. Certains basculent vers un journal de gratitude tenu dans la durée, d’autres posent un carnet au chevet et commencent un journal de rêves noté au réveil. Beaucoup restent au journal libre, et c’est le choix le plus fréquent chez ceux qui durent.

Le journal des quinze premiers jours, lui, se garde. Dans un an, il sera le document le plus intéressant de votre bibliothèque.

C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.

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