Tout le monde rêve chaque nuit, quatre à six fois. Presque personne ne s’en souvient au petit-déjeuner. Entre les deux, il y a une fenêtre de quelques minutes au réveil où le rêve est encore là, entier, et c’est exactement la fenêtre que le journal de rêves exploite. Le reste de la pratique n’est que de l’intendance autour de cette urgence.
Pourquoi la mémoire des rêves s’entraîne
Se souvenir de ses rêves est une compétence, pas un don. Les études sur la mémoire onirique convergent sur un point que les teneurs de journaux constatent empiriquement depuis toujours : le simple fait de noter ses rêves augmente, en quelques semaines, leur rappel. Vous passez de bribes confuses deux fois par mois à des récits construits plusieurs matins par semaine. Le cerveau retient ce qu’on lui montre qu’on regarde.
C’est le premier intérêt du journal, et il se suffit. Les autres sont connus : une matière créative brute dont les écrivains et les peintres se servent depuis des siècles, et l’antichambre du rêve lucide, sur lequel nous revenons plus bas.
Tenir son journal de rêves : la méthode, minute par minute
Le soir. Votre carnet est ouvert sur la table de nuit, à la bonne page, crayon posé dessus. Ce détail décide de tout : chaque geste entre le réveil et l’écriture coûte un morceau de rêve, et chercher un stylo dans le noir coûte le rêve entier.
Au réveil. Gardez les yeux fermés et ne consultez rien, surtout pas le téléphone. Restez dans la position du réveil et repassez le rêve une fois, mentalement, du dernier souvenir vers l’amont. Puis écrivez.
L’écriture. Des fragments au présent, sans phrases construites : « couloir d’école, mais c’est aussi la maison de B., quelqu’un distribue des clés, sentiment d’être en retard ». Le présent maintient le rêve à portée ; le passé le range déjà. Notez les images, les lieux, les personnes, et surtout l’émotion dominante, qui est souvent le seul fil fiable du rêve.
Après coup. Une date, un titre de deux ou trois mots. Le titre paraît anecdotique. À la relecture, c’est lui qui rend le journal navigable.
Ce que vous ne notez pas
L’interprétation, du moins pas à chaud. Le matin, vous consignez ; le sens, s’il existe, se lit plus tard et tout seul. Le journal de rêves tourne au pensum quand chaque cauchemar de retard déclenche vingt minutes d’exégèse. Les grilles de symboles toutes faites, où l’eau veut dire ceci et la chute cela, relèvent de l’horoscope : votre eau à vous ne veut dire que ce que vos propres rêves en font, et seule la relecture au long cours le montre.
C’est là que le journal paie. Au bout de trois mois, une relecture d’une heure révèle ce qu’aucun rêve isolé ne montrait : les lieux qui reviennent et les situations que la nuit rejoue en boucle. Ces motifs récurrents sont l’information réelle du journal de rêves. Le rêve du mardi n’en contient presque aucune.
Le rêve lucide, sans mystique
Le rêve lucide est un rêve pendant lequel on sait qu’on rêve, phénomène prouvé en laboratoire dès 1975 par le psychologue britannique Keith Hearne, à Hull, puis établi par les travaux mieux connus du psychophysiologiste Stephen LaBerge à Stanford. Toutes les méthodes qui prétendent l’induire, sérieuses ou fumeuses, commencent par la même consigne : tenir un journal de rêves. La logique est mécanique, on ne peut pas reconnaître qu’on rêve si l’on ne connaît pas la texture de ses propres rêves.
Si c’est votre objectif, le journal décrit ici est le premier étage complet de la fusée. Si ce n’est pas votre objectif, rien n’oblige à aller plus loin : le journal se suffit comme pratique d’attention, au même titre qu’un journal de gratitude tenu le soir.
Le bon carnet de rêves pour la table de nuit
Petit, dédié, et sans valeur intimidante. Le format A6, le vrai format de poche, est le candidat naturel : il tient sur la table de chevet et s’écrit d’une main, à moitié allongé. Un carnet bon marché à reliure souple fait mieux l’affaire qu’un bel objet, pour la raison habituelle : on n’écrit pas librement dans un carnet qu’on a peur de gâcher. Votre carnet de rêves finira couvert de pattes de mouche illisibles, et c’est le signe qu’il fonctionne.
Le crayon à papier bat le stylo dans cet emploi précis, il écrit dans tous les angles et ne sèche jamais. Certains ajoutent une petite lampe rouge pour les réveils nocturnes ; c’est du confort, pas du nécessaire.
Premier ou second journal ?
Le journal de rêves est un excellent second journal et un premier journal difficile : il dépend du rappel, qui met des semaines à venir, et le débutant découragé range le carnet avant l’effet.
Si vous n’écrivez pas encore, commencez par une pratique diurne. Notre méthode pour commencer le journaling déroule les quinze premiers jours, et ceux que le réveil inspire regarderont du côté des morning pages, les trois pages du matin. Le carnet de chevet viendra ensuite, et il trouvera une mémoire déjà entraînée à être regardée.
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