Leuchtturm
1917 A5 Medium.
Le Leuchtturm 1917 A5 est le carnet le plus répandu dans les communautés bullet journal francophones. Deux mois d'usage quotidien pour répondre à la seule question qui compte : mérite-t-il sa réputation, ou vit-il dessus ?
Pour ceux qui hésitent devant le rayon carnets et veulent savoir si le standard du bullet journal vaut ses 19 euros, ou si la réputation a pris le pas sur l'objet.
Premières impressions
Il existe des objets dont la réputation précède l’usage au point qu’on ne les regarde plus. Le Leuchtturm 1917 en fait partie : c’est le carnet qu’on croise le plus souvent dans les communautés bullet journal francophones, au point qu’il sert de mètre étalon à tous les autres. La maison de Geesthacht, fondée en 1917 comme éditeur d’albums de philatélie, n’a rien laissé au hasard. Elle a construit cette position détail par détail.
Sorti de sa cellophane, le carnet annonce la couleur. Couverture toilée rigide et coins nets, sous un élastique tendu comme il faut. On sent l’objet industriel maîtrisé, sans la prétention artisanale d’un Midori ni le folklore d’un Moleskine. C’est propre.
Ce que le Leuchtturm 1917 fait et que personne d’autre ne fait
Le vrai argument du Leuchtturm ne se voit pas en vitrine : il se découvre à la page trois. Un index alphabétique pré-imprimé sur quatre pages, suivi de 251 pages numérotées. Aucun concurrent direct ne propose les deux sous les vingt euros.
Ce détail change l’usage. Un carnet numéroté se relit et se référence, il devient une archive consultable là où un carnet muet reste un tas de pages. C’est précisément ce que demande la méthode bullet journal, et si vous partez de zéro, notre méthode pour débuter un bullet journal explique comment cet index devient le squelette du système. Les adeptes du suivi d’habitudes y retrouveront aussi leurs petits : un tracker en bullet journal se retrouve en deux secondes quand la page porte un numéro.
S’ajoutent deux signets rubans, une pochette intérieure, un élastique de fermeture et des étiquettes autocollantes pour la tranche. La panoplie complète, pensée par quelqu’un qui a visiblement tenu un carnet.
Côté réglures, la gamme couvre le pointillé, le ligné, le quadrillé et la page blanche. Le pointillé domine largement chez les pratiquants du bullet journal, pour des raisons que détaille notre test du Leuchtturm 1917 dotted.
Le papier du Leuchtturm 1917, parlons-en
C’est le point qui fâche, et il faut le décrire honnêtement. Le papier ivoire 80 g/m² du Leuchtturm est un papier correct, rien de plus. Au stylo bille comme au crayon, il fait son travail sans se faire remarquer. Au stylo plume, il révèle ses limites : l’écriture reste visible au verso par transparence, ce que le milieu appelle le show-through (ou ghosting), et les plumes larges chargées d’encres humides peuvent traverser par endroits.
Deux mois durant, j’ai écrit chaque matin avec une plume fine et une encre raisonnable. Aucun accident. Mais dès que j’ai sorti une plume médium et une encre saturée, le verso est devenu difficilement utilisable.
La maison connaît le reproche, et y a répondu : l’Edition 120 g/m² reprend le format et le système d’index avec un papier bien plus dense, au prix d’une pagination réduite (203 pages) et d’un tarif qui grimpe autour de 27 à 30 euros. Si le stylo plume est votre outil principal, c’est cette version qu’il faut regarder, pas la classique. Notre avis, sans détour : à ce prix, comparez-la sérieusement au Rhodia Goalbook, le carnet à index de Clairefontaine, avant de trancher.
Deux mois d’usage, ce qui a tenu
La reliure cousue n’a pas bronché. Ouverte et refermée plusieurs fois par jour, la couture reste droite, aucun cahier ne se détache. L’ouverture à plat, en revanche, se mérite : comptez deux semaines de manipulation avant que le carnet accepte de rester ouvert seul sur la table. Un Midori MD, l’éditeur japonais réputé pour son papier crème et sa couture apparente, le fait dès la première page. Le Leuchtturm, non.
La couverture toilée vieillit bien, à une réserve près : le coloris noir marque les rayures et les frottements de sac. Les teintes claires ou moyennes, sauge ou bleu, vieillissent plus dignement. Détail sans gravité, mais deux mois de sac à dos se lisent sur la tranche.
Le Leuchtturm 1917 face à la concurrence
Le Moleskine Classic propose moins de fonctions pour un prix comparable et un papier plus fragile ; notre comparatif Moleskine contre Leuchtturm 1917 détaille le match point par point, et il n’est pas serré. Le Rhodia Goalbook offre un papier supérieur, le Velin Triomphe 90 g/m², ce papier maison de Clairefontaine à surface dense et lisse. Le Midori MD gagne sur la sobriété et l’ouverture à plat, sans index ni numérotation.
| Critère | Leuchtturm 1917 | Moleskine Classic | Rhodia Goalbook | Midori MD |
|---|---|---|---|---|
| Papier | 80 g/m² | 70 g/m² | 90 g/m² | 80 g/m² japonais |
| Index et numérotation | Oui | Non | Oui | Non |
| Ouverture à plat | Après rodage | Après rodage | Correcte | Immédiate |
| Disponibilité en France | Partout | Partout | Correcte | Papetiers spécialisés |
| Prix indicatif | 19 € | 20 € | 22 € | 16 € |
Regardons ce tableau en face, il ne dit pas ce qu’on aimerait qu’il dise. Le Goalbook bat le Leuchtturm sur le papier, l’égale sur l’index, et ne cède que trois euros. Sur le papier des spécifications, il gagne.
Le Leuchtturm garde une seule chose, et c’est celle qui décide en rayon : on le trouve partout, dans la couleur voulue, le jour où on le cherche. Voilà l’honnête version du verdict. Ce carnet ne domine pas parce qu’il est le meilleur, il domine parce qu’il est le plus sûr à trouver, et que la communauté entière a fini par se caler dessus.
À qui il convient
Prenez-le si vous commencez : les tutoriels et les gabarits de la communauté raisonnent en Leuchtturm A5. Prenez-le si vous archivez : dix-neuf coloris, un par année, et la bibliothèque se constitue d’elle-même. Prenez-le si vous voulez votre carnet aujourd’hui, en papeterie, sans commander à l’étranger.
Passez votre chemin si vous êtes amateur d’encres, vous buterez sur le 80 g/m². Passez votre chemin si vous cherchez un objet qui vous fasse quelque chose : vous trouverez l’ensemble efficace et sans grâce. Ce carnet ne procure aucune émotion particulière. Il n’en promet aucune.
C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.
- + Les pages numérotées et l'index pré-imprimé, rares sous les vingt euros
- + La disponibilité immédiate partout en France
- + La reliure cousue, qui n'a pas bougé sur la durée du test
- + Les 19 coloris qui permettent d'archiver ses carnets par année
- − Le papier 80 g/m² montre l'écriture au verso avec les encres saturées
- − L'ouverture à plat demande deux semaines de rodage
- − Le prix a pris trois euros en quatre ans sans amélioration du papier
Le carnet de référence pour débuter un bullet journal : les tutoriels le supposent et les gabarits lui correspondent. Moins recommandé si le stylo plume à encres humides est votre outil quotidien.