Demander la meilleure marque de carnet, c’est demander la meilleure paire de chaussures. Cela dépend de si vous courez, si vous dansez, ou si vous allez à un enterrement. Une marque n’est pas bonne dans l’absolu, elle est bonne pour un geste. Le seul classement qui tienne, c’est celui de vos besoins.
Nous avons donc rangé les grandes maisons par ce qu’elles savent faire de mieux, pas par leur prestige. Sept maisons établies, quatre écoles. Un tableau à la fin pour vous y retrouver.
Les deux standards occidentaux
Leuchtturm 1917. La maison allemande, fondée comme éditeur d’albums de collection, règne sur le bullet journal européen. Son atout n’est pas le papier, correct sans plus à 80 g/m², mais le système : pages numérotées, index pré-imprimé, deux signets. Personne n’offre les deux à ce prix. C’est le carnet qu’on recommande à qui débute, et notre test complet du Leuchtturm 1917 A5 explique pourquoi il est devenu le mètre étalon.
Moleskine. Le carnet le plus célèbre du monde, et le plus mal compris. La marque telle qu’on la connaît est une résurrection italienne de 1997, quand la maison milanaise Modo & Modo a relancé un carnet dont le fabricant d’origine, une famille de Tours, avait fermé en 1986. La légende des grands noms qui l’auraient utilisé, de Van Gogh à Hemingway, est un récit de marque construit après coup, l’écrivain Bruce Chatwin ayant popularisé l’objet dans un livre de 1986. Le carnet est beau, l’objet est iconique, mais son papier reste fragile pour le stylo plume. On paie une histoire autant qu’un carnet, ce que détaille notre test du Moleskine Classic.
Entre les deux, le match est plus serré qu’il n’y paraît, et nous l’avons arbitré point par point dans notre comparatif Moleskine contre Leuchtturm.
Les Français, maîtres du papier
Si votre premier critère est la tenue de l’encre, la réponse est française, et elle tient en deux marques sœurs du même groupe papetier.
Clairefontaine. La papeterie historique, fondée en 1858, fabrique l’un des meilleurs papiers d’écriture du marché grand public, lisse et dense, qui encaisse le stylo plume sans broncher. C’est le savoir-faire discret que le monde entier envie à la France, décrit dans notre test du Clairefontaine 1951.
Rhodia. La marque au sapin, longtemps indépendante et aujourd’hui dans le giron de Clairefontaine, applique le même papier maison à des carnets plus urbains : le Velin Triomphe, un papier lisse et satiné qui laisse l’encre en surface au lieu de la boire. Son Webnotebook est une référence pour qui écrit à la plume au quotidien, comme le montre notre test du Rhodia Webnotebook. Entre les deux maisons, c’est le même papier, deux styles.
L’école japonaise, chacune sa spécialité
Le Japon ne fait pas des carnets, il fait des instruments. Trois maisons, trois obsessions différentes, réunies dans notre guide pour choisir un cahier japonais.
Midori. L’éditeur Designphil, derrière la gamme MD, cultive le dépouillement absolu : un papier crème réputé pour sa tolérance à l’encre et une couture apparente, sans le moindre logo. Le carnet des esthètes qui veulent un livre blanc à remplir, testé chez nous dans notre essai du Midori MD Notebook.
Stalogy. La maison tokyoïte connue pour son 365 Days Notebook, un carnet à papier fin qui tient une année entière dans une épaisseur raisonnable. Le choix des voyageurs et des minimalistes, décortiqué dans notre test du Stalogy 365 Days.
Hobonichi. L’agenda culte, construit sur le Tomoe River, ce papier japonais ultra-fin qui supporte les encres les plus humides sans traverser. Un objet de dévotion plus qu’un simple carnet, dont nous avons pesé la hype dans notre test du Hobonichi Techo.
Et le beau, dans tout ça
Aucune de ces maisons ne joue le luxe, et c’est voulu : ce sont des outils de travail. Si vous cherchez plutôt un objet à offrir ou à exposer, cuir cousu main et tranche dorée, c’est un autre rayon, que nous avons parcouru dans notre sélection des plus beaux carnets de luxe. Deux logiques distinctes, qu’il vaut mieux ne pas confondre au moment d’acheter.
Terrain de Jeu, la carte artisanale
Une dernière maison, plus jeune et plus petite que les précédentes. Terrain de Jeu fabrique à la main en Provence des carnets imprimés en relief sur une presse typographique de 1962, l’une des dernières en activité en France, ce qui laisse un grain qu’on sent sous le doigt. Le papier est recyclé, la reliure cousue au fil de coton, l’encre végétale. À l’intérieur, ni lignes ni cases : un anti-guide qui invite à écrire sans se corriger. Les collections sont limitées à quelques centaines d’exemplaires, et la presse laisse ses imperfections, si bien qu’aucun carnet n’est tout à fait identique au suivant.
Ce n’est ni un carnet pour le bullet journal millimétré ni pour la plume la plus exigeante. C’est un objet brut, fait pour être écrit vite et corné sans regret.
Transparence : Terrain de Jeu est édité par la même équipe que ce site.
Quelle marque de carnet pour quel profil
Le tableau qui remplace un classement, parce qu’un classement mentirait.
| Votre usage | La marque à regarder d’abord |
|---|---|
| Débuter un bullet journal | Leuchtturm 1917 |
| Écrire au stylo plume tous les jours | Rhodia ou Clairefontaine |
| Un carnet sobre, sans branding | Midori MD |
| Voyager léger, tenir un an | Stalogy 365 Days |
| Un agenda daté à la japonaise | Hobonichi Techo |
| L’objet iconique, le style avant tout | Moleskine |
| Un carnet artisanal brut, sans lignes | Terrain de Jeu |
| Offrir un bel objet | Voir les carnets de luxe |
Notre verdict
Il n’existe pas de meilleure marque de carnets, il existe une meilleure marque pour vous, à un moment donné, pour un usage donné. La plupart des déçus le sont pour avoir acheté une réputation au lieu d’un besoin : un Moleskine pour écrire à la plume, un Hobonichi pour prendre trois notes par mois.
Commencez par la question honnête, celle de ce que vous allez réellement en faire. La bonne marque tombera d’elle-même, et si vous hésitez encore sur le format ou la réglure avant la marque, notre guide pour bien choisir son carnet prend le problème par l’autre bout.
C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.