Les dimensions, d’abord
Le format A6 mesure exactement 105 × 148 mm, soit 10,5 × 14,8 cm, soit encore 4,1 × 5,8 pouces pour les catalogues anglo-saxons. C’est le quart d’une feuille A4 : pliez-la en deux, vous obtenez un A5 ; pliez encore, voici l’A6.
Cette gymnastique n’est pas un hasard. Les formats de la série A obéissent à la norme ISO 216, le standard international du papier hérité d’une idée allemande de 1922 : chaque format est la moitié du précédent, et tous partagent les mêmes proportions. Un document réduit d’A4 en A6 garde donc sa mise en page intacte. Les repères utiles :
- A4 : 210 × 297 mm, la feuille de bureau
- A5 : 148 × 210 mm, le carnet standard
- A6 : 105 × 148 mm, la poche et la carte postale
- A7 : 74 × 105 mm, le bloc-notes de gilet
Dans la vie courante, l’A6 est le format de la carte postale française et de la moitié des flyers distribués en ville. Dans le monde du carnet, c’est autre chose : le territoire du carnet qu’on porte sur soi.
Le format A6 en pixels, pour l’impression
Si vous arrivez ici pour préparer un fichier d’impression plutôt que pour choisir un carnet, voici les conversions utiles. La règle : on ajoute 3 mm de fond perdu sur chacun des quatre bords, ces marges que la rogneuse emporte au massicot. Le document à composer mesure donc 111 × 154 mm, pas 105 × 148.
| Résolution | Dimensions en pixels | Usage |
|---|---|---|
| 72 dpi | 298 × 420 px | Écran, aperçu web |
| 150 dpi | 620 × 874 px | Impression bureautique |
| 300 dpi | 1240 × 1748 px | Impression professionnelle |
| 300 dpi, fonds perdus compris | 1311 × 1819 px | Fichier prêt pour l’imprimeur (111 × 154 mm) |
Dernier repère pour qui poste : un A6 entre sans plier dans une enveloppe C6, qui mesure 114 × 162 mm. C’est le couple standard de la carte postale et du faire-part.
A6 ou A5 : la vraie différence
Sur le papier, l’écart semble modeste. En usage, il est radical. L’A5 se pose sur une table et s’écrit à plat ; l’A6 se tient d’une main, debout, dans le métro ou au bord d’un sentier. Le premier est un carnet de bureau transportable. Le second est un carnet de corps.
La contrepartie s’énonce tout aussi simplement : on ne développe pas une pensée sur une page A6. On y capture. Une idée, une liste de courses, un croquis rapide, trois lignes de journal. Ceux qui écrivent long à petit format finissent par tourner huit pages par jour, et le carnet par gonfler de façon déraisonnable.
Entre les deux existe une voie médiane, le B6, qui monte depuis quelques années. Attention au piège : le B6 ISO mesure 125 × 176 mm, tandis que le B6 japonais (norme JIS, celle des carnets Midori ou Stalogy, l’éditeur tokyoïte du 365 Days Notebook) mesure 128 × 182 mm. Trois millimètres de large, six de haut, et les couvertures ne sont plus interchangeables. Notre article sur le carnet B6 et le bullet journal explique pourquoi ce format séduit ceux que l’A5 encombre et que l’A6 frustre. Et pour poser l’arbitrage complet entre tous les formats, du A4 au B6, notre guide des formats de carnet reste le point de départ.
À quoi sert un carnet A6
À être là. C’est sa seule fonction et elle justifie tout le reste. Les idées ne préviennent pas, et le carnet resté à la maison ne capture rien.
Les usages où le format excelle, constatés sur la durée : le carnet de capture qui déleste la mémoire au fil de la journée, avant tri du soir dans un système plus grand ; le journal de poche, trois lignes par jour, à la manière des agendas d’autrefois ; le carnet de terrain du dessinateur ou du jardinier ; et le carnet de voyage, où sa discrétion fait merveille, comme le détaille notre méthode du carnet de vacances façon bullet journal.
Un usage où il déçoit : le bullet journal complet. Les collections, trackers et pages mensuelles de la méthode demandent de la surface ; en dessous du B6, la mise en page devient un exercice de miniaturiste. Un A6 accompagne très bien un bullet journal A5. Il le remplace mal.
Les carnets A6 qui comptent
Le format a ses classiques, et le plus célèbre vient de Tokyo. Le Hobonichi Techo, cet agenda japonais culte à la page par jour, a construit sa légende sur le format A6 et le papier Tomoe River ultra-fin ; notre test du Hobonichi Techo raconte ce que vaut l’objet une fois la hype retombée.
Côté européen et japonais, les valeurs sûres se comptent sur une main. Le Midori MD A6 reste la référence sobre, avec son papier crème mat conçu pour l’écriture et sa couture apparente. Le Leuchtturm 1917 Pocket décline le système à index dans un gabarit voisin (90 × 150 mm, l’A6 raboté). Clairefontaine et Rhodia couvrent l’entrée de gamme avec sérieux, autour de cinq euros.
Restent les systèmes à recharges, où le petit format règne : le Traveler’s Notebook et ses carnets rechargeables propose une version Passport, couverture en cuir et cahiers interchangeables. Précisons pour rester honnête sur les chiffres : à 89 × 124 mm, le Passport tient le gabarit du B7 ISO (88 × 125 mm), nettement sous l’A6. Il en partage l’esprit, pas les cotes. Une autre philosophie, du reste : l’enveloppe dure, les carnets passent.
Ce qu’il faut retenir du format A6
Un A6 est un outil à part, avec sa grammaire propre : capturer plutôt que composer, accompagner plutôt que centraliser. Ceux qui lui demandent d’être un carnet principal le rangent au bout d’un mois. Ceux qui lui demandent d’être présent le gardent des années, et le remplacent par le même.
Il faut l’avoir tenu pour comprendre. Le poids en main est celui d’un jeu de cartes, la couverture prend le pli de la poche au bout de trois semaines, et la tranche se salit là où le pouce l’ouvre. Un A6 vieilli raconte son propriétaire mieux qu’un A5 impeccable.
105 × 148 millimètres. Assez petit pour être toujours là, assez grand pour une idée entière. La définition même du carnet de poche.
C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.