Une porte sans enseigne
Il n’y a pas de plaque sur la porte. Pas de site web visible. Pas de réseaux sociaux. Vincent Maréchal coud des carnets depuis dix-sept ans, et il ne cherche pas à le faire savoir. Pourtant, ses carnets se vendent en deux semaines à chaque sortie, sans publicité, par bouche-à-oreille uniquement.
Je préfère qu’on m’envoie un email plutôt qu’un message Instagram. Les emails, les gens prennent le temps de les écrire, ils me disent vraiment ce qu’ils veulent. Vincent Maréchal
Le fil de lin teint dans la masse
C’est sa signature. Pendant que la majorité des relieurs utilisent du fil de coton synthétique blanc ou écru, Vincent achète son fil chez un artisan teinturier des Cévennes : vert mousse, bleu nuit, rouille, ocre, écru. Le fil traverse le carnet sur la signature de garde, en clair la dernière section cousue contre la couverture, visible et assumé. C’est ce qui rend ses carnets immédiatement reconnaissables.
Ce fil apparent, on le retrouve chez les éditeurs qui revendiquent la couture à plat, là où la reliure se montre au lieu de se cacher. C’est le même parti pris que les carnets de la papeterie graphique française que nous avons feuilletés dans notre test des carnets Papier Tigre cousus main : la mécanique de fabrication devient un motif, pas un secret d’atelier.
Trois cent cinquante par mois
Seul, à la main. Il commence à 7h30, finit à 18h. Pas de musique. Pas de notifications. Une presse à plier, une couture à six points, une couverture en carton recouvert de papier marbré, un signet en ruban de coton. Le format reste volontairement classique, un A5 que beaucoup tiennent pour le plus polyvalent et que nous décortiquons dans notre guide des formats de carnet A4, A5, A6, B6.
À ce rythme, il refuse régulièrement les commandes d’entreprise qui pourraient le faire vivre plus confortablement. « Ce n’est pas le métier. »
Ce qu’il pense du papier qui revient
Il y a dix ans, on m’a souvent dit que mon métier allait disparaître. Aujourd’hui, j’ai une liste d’attente de quatre mois. Les gens ont juste besoin d’objets qui durent, qui font le geste de durer.
Sa liste d’attente dit quelque chose du moment. Le carnet cousu main n’est pas une nostalgie, c’est une réponse à une fatigue. Nous avons creusé ce basculement dans notre enquête sur les raisons du retour du papier face au numérique, et l’atelier de Vincent en est l’illustration concrète : on ne fait pas la queue quatre mois pour un objet décoratif. Pour qui découvre tout juste cette pratique du carnet tenu au quotidien, notre guide pour comprendre ce qu’est le journaling pose les bases avant de choisir où poser son geste.
Pour le contacter
L’atelier ne reçoit pas de visites, sauf rendez-vous, par email uniquement. Le catalogue 2026 sort en mai. Comptez entre 45 et 90 € selon le format.
C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.