Pourquoi un BuJo dédié plutôt qu’une rubrique du carnet courant
Un séjour de deux semaines pèse, en intensité documentaire, l’équivalent d’un mois de vie ordinaire : repas, paysages, rencontres, choses vues, choses ratées. Tenir un BuJo dédié sépare nettement cette charge documentaire de votre carnet quotidien et change, accessoirement, le rapport au temps qui reste à passer là-bas.
Trois bénéfices des BuJo de vacances à connaître
D’abord, vous ralentissez. Écrire dix minutes par jour pendant un voyage oblige à digérer ce qui s’est passé, au lieu de le laisser filer dans le scroll des photos. Ensuite, vous captez ce que la photo ne capte pas : odeurs, noms de plats, conversations volées en terrasse, expressions locales. Enfin, vous constituez une archive lisible : six mois plus tard, le carnet aura plus de densité que la pellicule numérique de huit cents photos qu’on ne rouvre jamais.
Quel format, pour quel type de voyage
Trois options sérieuses, avec leurs forces et leurs zones d’ombre.
Format A6 ou B6 : le carnet nomade
105 × 148 mm pour l’A6 (le plus petit format standardisé en Europe comme dans les modèles Clairefontaine), 125 × 176 mm pour le B6 japonais (un format intermédiaire très répandu chez les éditeurs nippons, de Stalogy à Midori). Tient dans une poche de short, dans un sac à dos, sur la table d’un café à l’étroit.
À privilégier pour les voyages actifs : randonnée, road trip, sac à dos. C’est un carnet qui s’utilise debout, en marche, en train, rarement assis longtemps.

Le format A6 (105 × 148 mm) tient dans une main, dans une poche, sur la tranche d’une table. Photo Melissa Aldana
L’A5, pour les séjours sédentaires
148 × 210 mm. Le standard universel, celui que la plupart des éditeurs (Leuchtturm, Moleskine, Rhodia) adoptent par défaut. Plus généreux pour l’écriture, plus exigeant en bagage.
À privilégier pour les locations de vacances, week-ends prolongés, retraites en lieu fixe, où vous avez le luxe d’écrire le matin avec un café, le soir avec un verre, sans bouger.
Le pari du cahier bon marché
Un cahier à partir de 4 € (Kokuyo Campus, cahier d’écolier Conquérant) que vous remplissez sans la peur de gâcher. Vous l’archiverez tel quel, au retour.
À privilégier si vous ne voulez pas vous engager, ou si vous craignez, à juste titre, d’abîmer un carnet premium en voyage.
Les pages à préparer avant le départ
Une demi-heure la veille. Pas davantage, sous peine de transformer la préparation en projet en soi.
Page 1 : couverture du voyage
Date de début, date de fin, lieu(x) principal, compagnons s’il y en a. Une page entière, en lettering simple. C’est la page que vous rouvrirez par hasard, six mois plus tard, en feuilletant le carnet.
Pages 2-3 : checklist préparatoire
À cocher avant le départ :
- documents (passeport, visa, vaccin)
- matériel (sac, vêtements, médicaments)
- réservations (vols, hébergements, activités)
- contacts d’urgence
Cette page ne sert qu’avant le départ. Vous la barrez en diagonale à l’arrivée. Ce petit geste, en apparence inutile, fait beaucoup pour la mémoire du carnet.
Pages 4-5 : informations pratiques
Adresse de l’hébergement, numéros utiles, mots-clés de la langue, taux de change, températures attendues, budget prévu. Une page de référence, à consulter rapidement, que vous ne touchez plus ensuite.
Pages 6-7 : itinéraire
Pour un voyage à étapes : un mini-calendrier jour par jour, avec ville et nuit prévue. Pour un séjour fixe : un planning des grosses sorties. À garder volontairement schématique : vous ne rédigez pas un programme officiel, vous posez des repères.
Le reste : vierge
Vous ne préparez pas les pages quotidiennes à l’avance. C’est ce qu’on appelle la règle Carroll, du nom de Ryder Carroll, le designer new-yorkais qui a formalisé la méthode du bullet journal dans son livre du même nom publié en 2013 : le BuJo est un système réactif. La page du jour se crée le matin du jour, jamais la veille. Précisément parce que la veille, vous ne savez pas encore ce que la journée contiendra.
La routine quotidienne en vacances
Cinq minutes le matin, dix minutes le soir. Pas plus.
Les collections à intégrer
Mémo des dépenses
Une page dédiée. À chaque dépense significative : date, lieu, montant, catégorie. Précieux quand il s’agira, six mois plus tard, de comparer le coût réel de deux destinations, ou d’arbitrer un futur voyage en famille.
Liste des repas
Par jour ou par lieu. Sur deux semaines à l’étranger, vous mangez entre quarante et soixante fois. Une trace par repas ne prend que trente secondes ; quelques années plus tard, vous tenez là une géographie intime du voyage.
Plats à reproduire
Si vous cuisinez, notez les plats que vous voulez retenter en rentrant, avec leurs ingrédients-clés. Trois mois plus tard, le souvenir s’estompe ; la note, elle, tient.
Carnet de croquis
Réservez 2-3 pages à la fin pour des croquis de paysages, de motifs, de détails. Pas besoin de savoir dessiner : un dessin maladroit raconte mieux qu’une photo, parce qu’il oblige le regard à se poser plus de quinze secondes.
Citations et phrases entendues
Une expression locale, une phrase d’un autochtone, un titre de chanson qui repasse en boucle dans une chambre d’hôtel. À lister sans contexte. Vous vous souviendrez du contexte sans avoir besoin de l’écrire.
Les pages à compléter au retour
À faire dans les 48 heures qui suivent le retour. Pas plus tard. Au-delà, le carnet se referme et la mémoire commence à inventer.
Bilan du voyage (1 page)
- Trois meilleures choses
- Trois pires choses
- Une chose à faire différemment la prochaine fois
- Le moment qu’on garde
Cette structure oblige à trier. C’est précisément le travail qu’un bon bilan demande.
Liste des contacts ramenés
Si vous avez croisé des gens qui pourraient compter (un local, un voyageur croisé en route, un hôte attentif), listez-les avec un détail mémorable. Trois ans plus tard, ce détail est ce qui vous permettra de les retrouver, ou simplement de les raviver dans la mémoire.
Photos imprimées (optionnel)
Si vous imprimez 5-10 photos après le voyage, collez-les dans le carnet aux pages correspondantes. Le mélange manuscrit-photo n’est pas seulement beau : il est cognitivement plus dense, parce qu’il combine deux types de mémoire (textuelle et visuelle).
L’erreur classique
Vouloir tout noter. C’est l’écueil maximal du BuJo de vacances. Si vous le tenez comme un journal narratif détaillé (trois pages par jour, ambition romanesque), vous abandonnerez au jour cinq. Garanti.
Le format à viser : une demi-page par jour, maximum. C’est la densité qui rend le carnet relisible six mois plus tard, jamais la longueur.
Quoi faire du carnet au retour
Trois options, par ordre d’engagement croissant.
- L’archiver tel quel : dans une boîte, avec d’autres carnets de voyage. Idéal si vous voyagez deux à trois fois par an. Vous construisez, sans vous en rendre compte, une bibliothèque personnelle.
- Le scanner : garder une copie numérique avant le stockage physique. Utile si vous craignez la perte (incendie, déménagement, enfant curieux).
- L’utiliser comme source : pour un récit de voyage, un blog, une présentation aux proches, un article. Le carnet devient matière première, plus mémoire vive.
L’archivage physique reste, de loin, le plus puissant. Une étagère avec dix carnets de voyage raconte une vie.
Verdict
Le BuJo de vacances est probablement la forme la plus accessible du bullet journal. Il tient sur deux ou trois semaines, n’engage à rien au-delà, et concentre une densité documentaire qu’aucune autre forme du BuJo ne propose en si peu de temps.
Si vous hésitez à démarrer un bullet journal classique mais que la pratique vous intrigue, votre prochain voyage est sans doute l’occasion la plus juste de tester. Vous saurez très vite, à votre retour, si l’objet vous correspond.
Pour aller plus loin sur la méthode bullet journal en général, voir notre guide pour démarrer et nos 50 idées de pages BuJo.
C'est tout pour nous.
Rendez-vous à la prochaine chronique.