Carnet A6 ouvert avec stylo

Baron Fig Confidant : notre avis sur le carnet culte américain

Le Baron Fig Confidant est le carnet qui a fait de l'ouverture à plat une religion. Lancé en 2013 par une jeune maison new-yorkaise, il jouit d'un statut culte chez les écrivains anglophones. Reste une question que les éloges américains n'abordent jamais : à quoi bon, quand on l'achète depuis la France ?

Par Camille Berthier 1 mai 2026 6 min de lecture

Il existe une catégorie de carnets qu’on connaît par leur réputation avant de les avoir tenus. Le Baron Fig Confidant en est le cas d’école européen : cité partout, disponible nulle part, adoré par une communauté anglophone qui en parle comme d’une évidence. La maison new-yorkaise, fondée en 2013 par Joey Cofone et Adam Kornfield, a bâti cette ferveur sur une idée fixe. Un carnet qui s’ouvre à plat, vraiment à plat, dès la première page.

Ce qu’est le Confidant

Le Flagship, la taille de référence de la gamme, mesure 137 × 196 mm, soit un cheveu sous l’A5, pour 192 pages. La couverture est une toile rigide, sans logo en façade. À l’intérieur, un papier de 90 g/m² sans acide, à grain fin, un signet en tissu dans le jaune qui sert de signature à la marque, et une douzaine de pages perforées en fin de carnet, détachables proprement. Les coins sont arrondis. Trois réglures au catalogue : vierge, lignée au pas de 7 mm, ou pointillée à 5 mm.

La genèse mérite d’être racontée, parce qu’elle explique l’objet. Avant de dessiner quoi que ce soit, Cofone a écrit à plus de cinq cents auteurs et créateurs pour leur demander ce qu’ils attendaient d’un carnet. La synthèse est devenue le Confidant, financé sur Kickstarter en 2013 : 168 000 dollars récoltés auprès de plus de 4 200 contributeurs, onze fois l’objectif de départ. Ce carnet n’est pas sorti d’un studio de design, il est sorti d’un sondage. Ça se sent, dans le bon sens.

L’ouverture à plat, la vraie signature

C’est l’obsession de la maison, et c’est la réputation la mieux établie du carnet. Un Confidant se pose ouvert sur une table et y reste, sans qu’on ait à le maintenir ni à lui casser le dos au préalable. On écrit à la jonction des deux pages sans buter sur un bourrelet, ce que très peu de carnets cousus autorisent d’origine. Sur ce point, les centaines de retours du milieu anglophone sont unanimes, et c’est bien pour ça que la maison en a fait sa signature.

Le papier, ce qu’on peut en dire honnêtement

Ici, prudence, parce que le Confidant ne se trouve pas au coin de la rue en France et que nous préférons décrire ce qui est documenté plutôt qu’inventer des relevés. À 90 g/m² et à grain fin, le papier appartient à la famille des surfaces qui rendent du feedback, cette légère résistance qu’on sent passer sous la plume, à l’opposé du glissé lisse d’un Rhodia. Les retours du milieu anglophone convergent : bonne tenue avec les plumes fines à moyennes et les encres raisonnables, un rendu de trait moins net qu’un papier satiné, et les limites habituelles d’un 90 g/m² dès qu’on charge en encres très humides sur plume large.

Autrement dit, un bon papier polyvalent, pas un papier de plumassier. Si la tenue sous une plume généreuse est votre premier critère, notre guide des carnets adaptés au stylo plume classe les options par grammage, le poids du papier au mètre carré, et notre repère sur le Tomoe River, le papier japonais réputé le meilleur pour l’encre situe le haut du panier. Le Confidant ne joue pas dans cette catégorie, et ne prétend pas y jouer.

Le vrai obstacle : la France

Voilà ce que les tests américains ne vous diront jamais, parce que la question ne se pose pas pour eux. Le Baron Fig n’a pas de distribution régulière en France. Concrètement, il faut commander depuis les États-Unis, sur le site de la marque ou chez un revendeur spécialisé comme JetPens, avec le port international et le délai qui vont avec. Au moment de ce test, l’addition tourne autour de 25 à 30 euros le carnet, frais d’expédition en sus, sous réserve des variations de change et de tarifs.

Ce détail logistique change tout le calcul. Un carnet excellent qui coûte le double une fois posé sur votre bureau n’est plus le même carnet. Et c’est là que la comparaison devient cruelle, parce que la France produit à domicile des concurrents sérieux.

Pour qui l’import se justifie, et pour qui il ne se justifie pas

Il se justifie si l’ouverture à plat parfaite est un besoin non négociable, si le design minimaliste américain vous parle, ou si vous tenez à soutenir une petite maison indépendante. Le Confidant est un bel objet, sobre et bien fait, et son format juste sous l’A5 tombe bien pour qui écrit sans dessiner ; notre guide des formats de carnet aide à situer cette taille.

Il ne se justifie pas pour un pratiquant du bullet journal, dont les gabarits et tutoriels supposent presque tous un Leuchtturm ou son équivalent, ni pour qui refuse par principe les frais de port internationaux. Et surtout pas pour qui cherche le meilleur rapport qualité-prix : le Rhodia Goalbook, l’alternative française à index offre un papier supérieur, se trouve en France, et coûte moins cher une fois le port déduit.

Verdict

Le Baron Fig Confidant mérite sa réputation sur un point précis et rare : personne n’ouvre à plat aussi bien, aussi vite. Pour le reste, c’est un très bon carnet généraliste, pas un carnet d’exception, et son papier de 90 g/m² ne fera pas basculer un amateur d’encres.

Notre avis, vu de France, tient en une phrase. Si vous croisez le Confidant lors d’un voyage ou d’une commande groupée, prenez-le, vous ne serez pas déçu. Le faire venir exprès des États-Unis, à 25-30 euros plus le port, quand Rhodia et Leuchtturm sont à portée de main, relève du plaisir plus que de la raison. Ce qui est une motivation parfaitement valable, à condition de se l’avouer.

Labels : Beau · Stylo-plume friendly

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